Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
« De toutes les villes de France, Lyon est la mieux organisée contre la poésie. »
Marcel Achard
rue saint-jean on oublie le siècle qu'il fait
tout y est à sa juste place
on est un peu fébrile de battre un pavé quadricentenaire
mais vite on se défait du très vieil usage humain
de questionner les âges
à dire vrai il n'a jamais fait tant moderne
la poésie d'une autre ère y survit d'autant qu'elle peut
et c'est le cœur de lyon qui vient y battre retraite
rue saint-jean on entre à pied comme à l'église
même au cœur de la nuit la foule y est ivre et joyeuse
il faut dire qu'à travers les siècles cet étrange quartier
on l'a bien vu bailler
on ne l'a jamais vu dormir
place de la baleine un trio de bardes entame quelques hymnes profanes
une musette une gigue un air de flamenco
ils sont gris et traînent des doigts énormes sur les cordes et les pistons
le passant s'arrête penche la tête les pieds dans la rigole à sec
les enfants d'ici entament une danse espiègle
les femmes rient de bon cœur et jettent à belles poignées les pièces
qui vont étoiler le béret du trompettiste retourné sur le sol
plus loin un vieux bouquiniste somnole vaillamment
la pipe au coin des lèvres
et surveille ainsi les livres ses aînés
il y a non loin une boutique extraordinaire
dans laquelle un homme a fait entrer une forêt tropicale
on doit se baisser pour passer la porte être économe en gestes
pour ne pas troubler la fascinante harmonie des lieux
au numéro vingt-quatre un escalier à vis vous raconte une histoire de seigneur de Taluyers et d'anneaux échangés
une harpiste a posé devant son tabouret et son digne instrument
ses mains fines se jouent des cordes
elle chante timidement contre le bois de sa harpe
des chansons d'hier simples et merveilleuses
et vos nerfs se tendent doucement
devant cette jeunesse qui témoigne avec amour et jalousie
on pénètre dans les pubs insomniaques qui jalonnent la rue
la saint-james vibre pour quelque partie de football qu'on dispute outre-manche
le smoking dog et ses étagères croulantes de livres anciens vous offre une halte un peu d'ombre
l'air est lourd d'alcool les coudes collent au comptoir
un serveur anglais vous instruit des différents malts
vous parlez en français
il répond en anglais
au final tout se mélange
en une gestuelle gratuite et universelle
aux terrasses les touristes goûtent à la douce nostalgie des bouchons
les plus incroyables refusent les grattons boudent les andouillettes
et muettement regrettent le folklore réglé des cheeseburgers frites
cependant leurs enfants jouent dans la rue
ils courent de proche en porche traversent la forêt des jambes citadines
puis arrivés devant la maison de guignol
collent le nez à la vitre et gloussent de plaisir
on a dépassé la galerie place du gouvernement
on a dépassé le bouquiniste les terrasses combles la forêt emmagasinée
leur florilège de découvertes peu communes
au bout de la rue on découvre la grande place
carré d'air pur
œil écarquillé de soleil
habillée de ses échafaudages la cathédrale saint-jean demeure là
moyenâgeusement contemporaine
un sentiment troublé vous empêche d'y entrer et d'en admirer la prodigieuse froideur
mais alors que vous quittez la place et saint-jean pour retrouver le temps des hommes
il vous semble entendre de l'extérieur
le cliquetis de son horloge astronomique
comme celui du réveil qui s'apprête à sonner
vous arrachant
au plus doux des rêves
tic tac tic tac