Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
"J'abandonne ce repos trop fort
et je cours haletant vers le bourdonnement des mouches"
Philippe Soupault
très vieil art criminel du sommeil des passiflores
où l'immanence absolue de l'être et du non-être
atteint sa pureté significative
horizontalité des sens
idéalité sans autre profondeur
que celle de sa sensualité virginale et poétique
je veux te connaître avant le grand sommeil
enfant j'observais le monde
carrousel incohérent
la moindre cahot me retournait le cœur
mais à chaque tour nouveau la sombre mélodie reprenait
toujours plus décousument
j'apprenais les gestes déplacés des hommes lourds d'inconséquence
la beauté des femmes qui est leur faveur et leur fléau
la dureté des âmes la fidélité des coups
la genre humain se tissait sous mes yeux comme une tenture de bourbe et de sang
étrange linceul traité en rideau sur lequel on lisait encore un visage
impassible ou grimaçant de toutes les douleurs du monde
pourtant ses yeux brillaient comme ceux d'une chatte
dans la noirceur du silence
je comprenais l'équilibre de la terre
je voyais que le soleil ne baignais qu'un îlot d'humanité
au reste me disais-je la nuit de tous les jours du monde
ainsi nu de beauté et d'ardeur comme livré à la triste lucidité des vieilles gens comment diable vouliez-vous que je dormisse
mère tendre et charnelle qui bordiez ce lit trop grand
j'avais peur j'ai peur encore de me réveiller
dans ce cauchemar inchangé
comment vouliez-vous que s'éteignît la machine infernale de ma pitié
c'était la vie que j'avais en nausée
les six pans invisibles de ma chambre devenaient six faces d'un dé jetant le malheur sur les six continents du monde
toutes les berceuses avaient le son des os qu'on brise sur une pierre tranchante
tremblant dans mes draps collants de sueur
je déglutissais chaque nouvelle lune comme une lampée de bris de verre pilé
tout sommeil est paradoxal tout dormeur criminel
l'homme assoupi met ses penchants cruels en ordre de bataille
comment pourrais-je dormir
alors qu'à l'autre bout du monde un enfant s'est crevé les yeux avec l'aiguille qui a cousu mes draps
alors que plus près l'existence prend des tours accablants
alors que les hommes végètent en attendant l'heure sacrée du journal télévisé
gobent net toutes les idées-reçues dont on les abreuve nuit et jour
et ignorent jusqu'au fait qu'un jour
on leur achètera leur vieille conscience contre une toute neuve
la passiflore chétive et mortelle
la passiflore elle a la grâce du sommeil inné
durant les sombres journées nonchalamment elle étrenne sa langueur
qui est l'attribut de sa race et que je révère
pour aux jours les plus oubliés
dans quelque clairière reculée
atteindre au secret des divinité florales
la perfection de son art
le sommeil des passiflores
nul autre jamais ne pourra tant
faire sens à mes yeux