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Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !

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Cinq jours à Munich

Samedi 24 Octobre, J-1 (prologue)

Un crayon. Une gomme. Des feuillets vierges. Un appareil photo, une caméra.
Toute autre chose serait superflue.
Le passeport, le billet, dans le sac. Vérifier une centaine de fois qu'ils sont tous deux bien là.
Une carte. Munich est un labyrinthe pour qui n'a pas les outils pour l'apprivoiser.
Un dictionnaire. De rimes, bien sûr : pour l'allemand, on saura bien se débrouiller.
Kafka ? Goethe ? Un des deux seulement, le temps manquera sans doute pour la lecture.
Can ? Neu ? Kraftwerk ? Bowie, Reed dans leurs périodes germanophiles ? Eux ne prennent pas tant de place...
Des chausses de marche. Un pantalon solide. Du change.
Et voilà.
Demain, Munich...

Dimanche 25 Octobre

Lyon/Munich, vol direct, une heure trente, le plus long reste de joindre l'aéroport ! Et de tourner dans le terminal, billet à la main, cherchant sa porte d'embarquement...
Le pilote nous a fait un petit cadeau. Au-dessus des Alpes, il se fend de virages serrés pour nous offrir la plus belle vue sur les neiges éternelles qui soit.
J'ai vu peu de choses aussi belles de mon existence, si courte soit-elle. La turgescence auguste du Mont Blanc, crevant de sa saillie puissante et lourde la mer des nuages immaculée. Et tout autour, seul un trait indéfini joignant nuages et cieux.
De quoi improviser un mauvais tanka aérien :

Haut, d'entre les nues,
Grain de sable au coeur du ciel,
Si peu d'horizon

Seuls les gravats bleus d'azur
En carrières intactes...

Puis, les Alpes passées, l'avion se pris à piquer, insensiblement d'abord, puis fermement, au travers de ce drap de coton vierge, et le ciel se déchira, et l'on vit la terre grasse et verte, plate et plantureuse de la Bavière. Et enfin, Munich.

Quelques minutes encore de bus, et nous y étions : arrêt à l'Hauptbahnhauf, terminus, tout le monde descend. vite, jeter les valises dans la chambre de l'hôtel, mettre les piles dans l'appareil photo, et goûter à l'atmosphère suave de l'automne bavarois.
Hélas, il fait déjà trop noir pour apercevoir la ville ce soir-là ; alors on plisse des yeux en traversant la Marienplatz, on inspire de toutes ses forces l'ambiance presque festive de la ville fin octobre, et l'on se rue dans le premier biergarten venu.
Non, pas n'importe lequel : la Hofbräuhaus, le paradis de la beuverie, la soulerie à grande échelle, la vente de bière en série, si vous voulez. Une salle immense, une délicieuse petite cour - parfaite pour les amoureux transis - et des dizaines d'allemands et de touristes s'adonnant aux plaisirs de la boisson.
L'air y est dense, on est frappé par sa lourdeur, on est écrasé par sa densité, comme si on nageait dans une mer d'alcool et de sueur ; on sent alors tout le poids de la boisson sur la vie de l'Homme. Me tirant enfin de ces bacchanales auxquelles je ne prend part que très extérieurement, je griffonne un début de haïku :

Gras chaud du Garten
Suant des bois et des corps
Grivois au bovin

Et puis, peut-être le changement de température à la sortie, le sommeil tombe lourdement sur mes épaules. Je me traîne jusqu'à l'hôtel. Kafka ne sort pas du sac : je m'affale comme une masse sur le lit. Demain, lever aux aurores.

Lundi 26 Octobre 2009

Deuxième jour. Les ténèbres levées, je goûte un peu plus à la douceur de la ville.
Je commence par visiter les églises. Pour découvrir une ville et les gens qui la compose, mieux vaut débuter par la visite des lieux de culte qui jalonnent ses rues.

La Frauenkirche ou cathédrale Notre-Dame, tout d'abord. La facade est en travaux, mais l'intérieur suffit à nous retourner les vicères :  un alignement de piliers blancs à faire pâlir la neige, d'une sobriété éclatante, sans vitraux, et au milieu, un Christ en croix gigantesque, posant tant imposant que pesant au dessus de nos têtes. Impressionant.
La Peterskirche ensuite. Offices en cours, je tâche d'être discret. Baroque flamboyant, boiseries et dorures géniales. Mais je reste surtout devant ce vitrail, au travers duquel jaillissent des raies lumineuses presque palpables. Je regrette de n'avoir pas pu immortaliser ce moment magique. La cérémonie en elle-même ? A l'ancienne : les Münchner à genoux sur les prit-Dieu, l'encens, la clochette.

Je sors à deux encablures du Viktualienmarkt ; que de couleurs, que de vie ! Du meilleur et du pire goût aussi : des pots de fleurs en forme de croix aux charcuteries en caoutchouc, de quoi plaire (ou déplaire) à chacun.

Le reste de la journée, je circule dans les venelles de la ville, m'arrête à une brasserie, découvre la place de la Résidence, passe devant certains musées, finis par entrer, fourbu, rompu, écrasé et à la merci de débuts de crampes... Je passe la fin de la journée à l'hôtel. Le quartier de la gare est assez glauque, pas de quoi broyer du noir, mais quand même... Les façades me semblent cent fois plus grises que dans le centre. Je me remémore ainsi mon arrivée, impression certes faussée par ce second après-midi à observer la gare grise à travers la fenêtre :

Arrivée en ville
C'est un écran qui m'assomme
Chape de plomb gris.


Haut les coeurs ! Je ressors pour me perdre dans ces immenses galeries commerçantes munichoises. et je suis pour la première fois frappé par la rigueur allemande : on tient sa droite dans l'escalator, on attend que le feu piéton soit au vert, quand bien même il n'y aurait pas un char à 500 mètres à la ronde, etc. Tout cela est si loin de ma mère patrie si bordélique...

Mardi 28 Octobre 2009

Je consacre ma matinée à la Alte Pinakotheque de Munich. Une exposition splendide sur Rubens, quelques Dürer, des superbes baroques et renaissances. Enfin ! Tout cela est difficile à raconter. Et mieux vaut encore éviter de vous décrire l'état de mes jambes à midi...

Néanmoins, une odieuse charcuterie (rien que l'appeler ainsi est une opprobre à la cuisine et à la bête de laquelle elle provient) vite avalée, je quitte le musée et repars bientôt pour ... l'Olympiapark, le parc olympique. En prenant le mauvais tramway au passage, me retrouvant à l'autre bout du parc...

Traversés les kilomètres de terres rustrement boisées qui mennent à l'Olympiapark, je vois enfin pointer la grande Fehrnsehturm... Un pal tant fin que vertical, comme une aiguille plantée dans les collindes artificielles du parc... Je contourne la stade olympique, gigantesque avec se toile d'araignée tendue sur ses gradins colorés, goûte à l'atmosphère suffocante de la piscine, et débute l'ascencion vertigineuse de la tour...
La vue au sommet y est superbe : au loin, là-bas, le vieux centre, dont on devine aisément les différents clochés. Au pied, le stade, le lac, les butes plantureuses et verdoyantes. Derrière, BMW et son siège social, tandis qu'au loin on voit clairement l'Allianz Arena, l'antre du Bayern München et du Munich 1860. Mal de crâne à admirer Munich de si haut.
Je redescends, déçu (avoue-on le !) par le "musée du Rock" tant attendu en haut de la tour ; juste un vieux futal d'Iggy Pop et une gratte de God Clapton... Par contre, j'en profite pour glisser, au pied du lac, la main dans l'empreinte de celle que BB King a laissé dans la glaise, à l'instar des grands du blues et du rock de passage, tantôt, au Stadium. Et comme un idiot, je me rend compte maintenant que j'ai choisi la main droite, pas la gauche... Eternels regrets.

La journée se terminera par une visite à la Löwenbräu, lieu mythique de la cuture cervalobélophile, un peu plus select que la Hofbräuhaus, mais tout aussi typique. Je me souviendrai toute ma vie de ce superbe jarret, luisant et crachant les effluves les plus douces, plus en tout cas que le choux sucré ou que la pomme de terre reconstituée allemande !

Mercredi 29 Octobre 2009

Dernière journée en Bavière... Déjà...
Le matin, je m'élance, après un nouveau délicieux petit-déjeuner très revitalisant, à l'assaut de la Résidence...
La Résidence des Rois de Bavière partage la place de l'opéra ; la façade, en travaux, nous est dissimulée par une gaze colorée reproduisant les briques et les fenêtres. La visite prend la matinée, mais c'est la vue qui en prend le plus : les jeux des thèmes des tableaux, les dorures partout, la richesse du mobilier... Un peu abasourdi à la sortie.
Mon dernier après-midi sera dévolue au Parc de Munich, les Jardins anglais. Un havre, loin de la ville, de 20% plus grand que Central Park, dont je remonte d'abord les allées "à la française", magnifiquement ornementées, avant d'entamer la traversée des prés immenses et boisés, jaunissant et brunissant  majestueusement à l'automne. La tour chinoise à l'horizon : le signe que le repas n'est plus loin...
C'est une sorte de cantine géante, 7000 places, où Munichois et touristes englutissent goulûment une saucisse et quelques pommes de terre... Ah, oui : et de la bière, bien sûr !
Le parc est délicieux en ce début d'après-midi tempéré. l'air est bon et le soleil tente de nous rappeler ses chaleurs estivales.
Je tente un autre vain haïku :

Toussaint à Munich :
Amer avant-goût d'hiver
Pour coeurs en exil.


Ma journée se termine dans le parcourt rapide du quartier estudentin. La statue de l'Homme marchant me surprend soudainement, entre deux cyprès. Mais je n'ai déjà plus tête qu'à me la plonger entre deux oreillers !
Ce soir, je mange italien. Certes, je m'embrouille entre les langues de Shakespeare, Molière, Goethe et Casanova, mais la nourriture passe mieux !

Jeudi 30 Octobre 2009

Jour du départ.
Déjà.
Profitant de ma dernière matinée en ces lieux, j'escalade la tour de Saint-Pierre pour goûter une dernière fois à la vue sur Munich :


_8552.jpg



De ce point de vue fantastique, je fais mes adieux à la ville...

Adieu donc, Munich, ma si belle !

Comptant bien te revoir... bientôt.

 

Octobre-Novembre 2009

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