Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
Le temps est une trahison. Il défait le jour le long travail des nuits ; il glisse à entre nos doigts comme à la mer le soleil au point du jour... Et l'on se voit bien triste au matin, quand il faut reprendre le fil de l'ennui, avec plus de rêves que de souvenirs – quelle évasion !
Je ne sais plus où j'étais, à quelle heure, quelle saison... Il y avait une foule d'ombres connus, peut-être autour d'un banquet, peut-être sur la pelouse soignée d'un golf – ce pouvait être en mille endroits différents... Ma seule certitude c'est Elle. Elle était là, à portée le voix – à portée de lèvres –, elle était là. Il y avait moi, pas plus sot qu'à l'ordinaire, pas plus hardi. J'attendais un geste, j'attendais un silence, un regard ; le même bal, toujours. C'était peut-être un banquet, quelque jour de fête. La fin de mes espoirs, qui sait.
Il était là aussi. Droit, le menton impeccablement carré, l'œil profondément bleu, la mèche improbablement cendrée – pourquoi lui ? Il devisait en une langue muette, récitait des prières sacrilèges, brûlait déjà de jubilation devant le complot à accomplir, l'infâme ! Elle était là. J'étais là aussi. Je ne le savais pas, je n'avais d'yeux que pour elle.
Tout s'est joué très vite. J'étais parti, revenu ; le banquet levait le camp. Ils étaient là. Corps à corps. Lèvre à lèvre.
Ô mémoire, ô matin de tendre guerre, à lutter contre le souvenir, à n'en garder que la marque brûlante et la honte de soi ! Ils étaient l'un à l'autre, elle buvait à sa bouche le petit lait des jours heureux. Et moi je rengorgeais le vin amer de mes regrets, la seule salive qu'il m'ait jamais été donné de sécréter, la saveur même de l'amour...