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Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !

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La tempête

I.

 

matins des mauvais jours nous voici enfin seuls

une tendre mélodie écrème la nuit du bruit des chaînes et les cœurs

comme il fait sombre autour de moi

à vrai dire jamais je n'avais vraiment connu le noir

je m'en rends compte aujourd'hui

j'ai vécu dans un miracle de soleil

et à l'éclat le plus brillant de la plus brillant étoile

je dormais à poings fermés

 

matins des mauvais jours enfin nous voici

peut-être un peu plus vieux qu'à l'ordinaire

peut-être un peu plus las

un vertige de ténèbres me prend

sa terre se dérobe sous mon pas

je sombre dans un corps très beau de fruits et de lumières

qui comme un astre brûle de ce qu'il brûle

je sombre dans un paradis de rêve je m'échappe de vous

adieu nuits adieu jours je m'en vais loin d'ici

la vie des rêves trace sur vous sa route

et je me fonds en elle

comme en un bain de lait

 

mais non je ne mange plus de ce pain-là

mes jeux d'enfants je les ai quittés

il me faut apprendre à vivre en homme

tout près des autres hommes

comme si rien ne s'était passé

comme si je vivais encore

 

matins des mauvais jours

comme il fait sombre autour de moi

 

 

 

II.

 

je ne sais plus quel jour il est quel jour il fait

les champs verts du deuil sont mon seul horizon

je regarde passer les heures assis à la fenêtre

le ciel est immense au-dessus de moi

il y passe une étoile que ne guide plus ma voix

et tout le jour durant l'étoile poursuit sa route d'exil

la ville est matée de sommeil ses hommes abrutis d'images folles

je ne sais plus si nous sommes le matin ou une après-midi quelconque

je m'en fiche

je suis bien à ma fenêtre

une colonne d'hirondelle fait une descente sur les toits grisés de pluie

entre les cheminées et les tuiles arrachées

au loin un ballon de baudruche s'éloigne l'âme en peine de la cour du collège Robert Desnos où les enfants rient et chantent toute la semaine sans trêve ni relève

sans soucis ni doutes ni sarcasmes

la vie leur est un jeu d'enfant

courir se lever grimper courir encore écouter écrire tomber pleurer sourire frapper mentir aimer

toute la semaine

ô bonheurs de l'enfance que ne durez-vous toute une vie d'homme

la cloche sonne les écoliers se pressent à la grille les hirondelles dansent de clocher en clocher

la nuit tombe comme un couperet

je suis à ma fenêtre

je regarde la première étoile jeter de grandes ombres noires sur la ville

qui a rendu les armes

soudain mon regard croise mon regard dans le reflet de la vitre

il me semble malgré les larmes reconnaître le visage de ce garçon

fixe et sombre tandis que la rue s'éteint

je regarder la nuit entrer dans ces yeux verts détresse

plus sombres que le soleil

plus fixes que la lune

 

 

 

III.

 

la statue de marbre souriait au passant

la terre était vide de sens le sentier en jachère

dans le parc abandonné par le chant des enfants et des oiseaux

il s'en venait un homme que je ne connaissais pas

et qui n'était autre que moi

l'homme tenait entre l'annulaire et le medius le mégot d'une cigarette qui semblait fleur fânée

à son bras un grand par-dessus le même qu'à ses épaules et à son torse

deux cernes lâches menaçaient de tomber à ses pieds

il avait une oreille immense plus grande qu'un tour de manège un soir de feria

plus grande que la mort plus grande que la vie

et portait à la taille un anneau de cendre fraîche où brillait un diamant

 

des champs verts de la peur il s'en venait l'homme épuisé saluer l'idole de marbre et de fer

parvenu à sa hauteur il posa pied à terre – il marchait au-dessus de son ombre jusqu'alors – puis un genou en signe de servage et front baissé parla à la statue

 

« nous sommes de la race pieuse des infidèles

qui ne trompent jamais que leurs propres yeux ;

il y a bien longtemps

je vivais dans un château de cartes et m'y croyais en un palais de sel et de rose

mais tu sais mieux que moi

comment la tempête d'hommes heureux

fait miettes de suif et de chair et de sang »

la statue dit

« je suis la tempête, la tempête des sables noirs,

je suis le chant des feuilles et le miroitement des roseaux

je suis la lune terrestre de tous les solitaires

mais tu sais mieux que moi la froidure du marbre

 

embrasse-moi »

 

l'homme à l'oreille immense baisa les ongles de verre poli

s'inclina en pleurant tièdement

puis vêtit de son ombre la belle effigie

il pendit à la branche d'un séquoia le manteau qu'il tenait à son coude

pour s'en alla dans la brume fumante d'un joli mois de mars

 

 

 

IV.

 

voici que nous reviennent les charmes de la tempête

avec ses hauts-hurlants ses parterres de braise de suc et d'os broyés

une cloche comme un tambourin tonne entre mes bras ballants

son pouls m'écrase le cœur en rêve

la nuit est blanche de sommeil

il passe dans la chambre une foule d'ombres pieuses

qui ballent aux fenêtres ballent aux murs ballent aux portes

elles sont rideaux tableaux poignées grincent en cadence

sifflent une mélodie d'outre-tombe

la tempête est là

 

d'une oreille immense je guette le chant des oiseaux le rire des enfants

qui ne tardera pas

mais enfants oiseaux se dérobent à mes yeux pour fuir le mauvais mauvais

nous voici face à face

la tempête a deux yeux un nez

une bouche pour parler ou embrasser avec douceur ou cruauté

elle s'avance dans la chambre

elle a le souffle court et ample

ses lèvres tombent à mon oreille

et dictent

 

« elle est venue mon heure

l'attente a été longue pour chacun d'entre nous

mais nous voici tous les deux

d'aucuns disent que je suis un monstre aux yeux fardés que je mens plus que la nuit

d'autres me nomment la Putain véritable

ne les écoute pas

ils sont comme la sciure aux portes d'un palais de chêne

méprise-les

tu es d'un autre destin que tes frères mortels

tu as l'âme et le cœur de toutes le tempêtes

apprends à me connaître

apprends à m'apprendre

apprends à m'aimer »

 

elle fait d'une caresse un sort à mes désirs

et dans le bruit d'un papier que l'on froisse colle sa paume à mes yeux

je ne vois plus

à mon oreille

je n'entends plus

à ma bouche

je n'ai jamais parlé

me voici plongé dans le froid d'abysses interminables

me voici sombre et nu

tempête devenu

tempête roulant ses charmes dans les plaines du silence

dans les champs verts champs électriques de l'absence où l'amour n'a plus ses droits

je souffle sans discontinuer de tous mes poumons sur les châteaux de cartes du sentiment humain

enfin me voici parvenu au stade ultime du détachement

ne faire qu'un

avec la tempête

 

quand je rouvrais les yeux j'étais seul et la chambre

naviguait solitaire

sous les eaux froides de l'ennui

 

 

« Je suis une larme de poison sur la rotonde du calice. Je suis déjà sur ta lèvre, je suis déjà sur toutes les lèvres. Je n'accroche qu'à la pureté.

Laissez-moi ».

 

il fait silence dans la chambre des brumes. la belle dort à poings liés, le buée retroussée sur ses jambes et ses seins ; son corps usé d'amour repose sur la plage de mes sens. elle demeure ainsi étendue, pâle véritable, comme

j'ouvrais la porte au désastre de la nuit

qui la vient cueillir dans

la fraîcheur de son sommeil.

 

« Ne me touchez pas

prenez garde à vos yeux. »

 

l'hiver gagnait la pièce. dans

quelque coin de poussière une araignée glapit d'effroi ;

la mécanique du bruit

chantera avant coq avant aube avant soleil levant

je te le promettais

mais tu ne m'écoute pas

tu ne m'écoutais pas plus

que tu ne m'aura jamais écouté.

 

La voix dit :

 

« Un enfant qui rêve d'un oiseau

 

un oiseau qui rêve d'un enfant

voici que le miracle de la vie m'échappe de nouveau

je ne sais plus de qui je suis le maître duquel je resterai l'esclave

ma bouche est pleine de mots savants

leur futilité me crève le tympan

ô poésie ô miracle soyez à moi

aidez-moi

laissez-moi »

 

« je baiserai tes yeux je baiserai tes mains

je serai le secret de tes rides le chagrin de ses cernes

je vivrai en toi

dussé-je en perdre cœur corps âme esprit

bouche yeux oreille nez silence

je vivrai dans ton cœur comme le meilleur des

parasites

 

et puis je te laisserai là

seul et

comme abandonné à l'aube du désastre

et je rirai de te voir crier

vomir mon amour et mes caresses

 

car je suis l'autre larme de poison

celle qui baigne tes lèvres et enflamme tes baisers

au jour de tes rêves »

 

un silence assourdissant planait aux

murs de la chambre qu'éclaire les prem

iers rayons du jour.

 

la voix dit :

 

« bien

bien mon amour

qu'il en soit ainsi

car je n'en puis plus de vivre dans la solitude de mes jeunes années

plus de faner loin des hommes et des choses

prends-moi

fais de moi ce que tu veux

mais quand le moment viendra pour toi de m'ab

andonner à nouv

eau au douleurs du passé

surtout

 

ne te retourne pas »

 

j'ouvre les yeux.

la pièce était aussi noir que les yeux de

la belle, fermés sur tant d'

autres

secrets.

Terrible sort.

la belle dormait.

 

la belle dort

et la seule voix qui ait jamais brisé le silence était

celle de mon cœur.

 

 

 

VI.

 

la nuit trace un trait sur la feuille blanche blanche

et je m'élance

- il est tard

- quelle heure ?

- tard la nuit

à la fenêtre le ciel est sanglant comme un jour d'orage

les lumières fatiguent les façades des grands immeubles bleus de mer

je rêve de cent pas je rêve de promenades seul au fin fond de l'océan

mon crayon rumine

le trait se trace

c'est ainsi.

(la nuit est une curieuse affaire pour qui ne sait pas mourir)

le temps - rien d'autre ?

- cela va sans dire !

martèle la seconde avec le tact d'un marteau-piqueur

il est tard

il n'y a d'insomniaque que moi et la lune incendiée

la belle effarouchée

à demi nue

dans ses draps de sang

nous partageons cela cela la lune et moi de travailler sans heures

nous pourrions veiller ensemble

régner sur les champs arides du rêve et de l'ivresse

encore faudrait-il que nous fussions

« autre chose »

que deux piteux rouages

dans la rouleuse mécanique du temps

 

tard la nuit je dresse en toute impunité

la liste de mes griefs sur le bord d'une table en micra maculée de colle et d'ennui

je recompte les livres de ma chambre, faute de voix pour me raconter leurs histoires

la vie est belle, délicieuse, sans menace

la scie chanteuse opère à cœur ouvert

la gomme gomme la colle encolle

et le crayon gratte gratte gratte la feuille blanche blanche

gratte tard

- tard -

tard

tard la nuit.

 

 

 

VI.

 

ne te retourne pas

ne te retourne pas

sauve-toi

tu es libre à nouveau

tes yeux ne sont plus ceints par la tourmente

l'ensoleillée gagne le maquis comme la brume le port

combien de kilomètres as-tu tombé depuis ton dernier pas

ô tendre champs clairs de l'avenir

maintenant tu sais le prix de ces instants

que l'hiver cède à l'été

ne te retourne pas

 

la sentinelle frémit aux bras de la tempête

il est vague ce souvenir de ton ombre en proie aux grands tressauts

c'est l'été qui revient siffler aux cheminées éteintes du château

le vent tombe

tu n'es plus la sentinelle de personne

 

une hirondelle passe

 

d'autres champs

à perte de vue

 

l'horizon

 

tout est bien

tout est bien enfin

 

surtout ne te retourne pas

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