Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
« Il est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain »
Jacques Prévert
amours brouillonnés à fleur d'œufs brouillés
par un petit matin de septembre
un homme
seul sur quelque terrasse du Boul' Mich'
commande deux biftecks saignants avec son café crème
et allume une demie-cigarette sur la moitié d'un croissant
suite à quoi il tire à lui l'exemplaire du Monde
que le commis a comme chaque matin laissé à sa table
« celui-là a l'appétit d'un homme triste »
dit une passante à son passant
« deux oeufs brouillés j'entends bien
mais avec ceci deux biftecks et trois croissants
c'est un peu fort de café »
le mari de passant opine avec une distraction mesurée
et tous deux poursuivent leur chemin tête haute
l'homme a soudain laissé choir le journal sur ses genoux
il en a parcouru les lignes sans en tirer l'ombre de l'idée d'une possible donnée factuelle
que son cerveau pourrait remâcher à loisir
histoire de penser à quelque chose
d'autre
voici que Beethoven rempli de nouveau sa boîte crânienne
comme hier l'eau ses poumons
lorsque la Seine n'a pas voulu de lui
Beethoven septième symphonie allegretto
il avance à son menton la tasse de café plus vraiment tiède plus vraiment crème
mais le geste manque et la tasse frappe le nez
tout doucement
indubitablement tendrement
subséquement il sens sa gorge se nouer
et ses yeux brouillés se ferment sur les œufs brouillés
machinalement il a
de la pointe de son couteau
zigzagé parmi les œufs crèmeux et tièdes
et avec le jaune du jaune sur le blanc du blanc
zigzagé les quatre lettres de Son prénom
un L achromique acrylique acrobatique
un Y affectif afflictif affirmatif
un S vulgaire vacataire volontaire
et un E
un E pincé plié arrondi approfondi
un E en forme de cœur
et les passants passent à grandes enjambées
sur cette histoire de brouille et d'œufs brouillés
de steaks crémeux et de café sanglant
de croissants au beurre par un petit matin de septembre
et l'homme dont la femme n'a pas voulu
dont le fleuve n'a pas voulu
et qui ne veut plus ni des œufs ni du café ni des passants
note à fleur d'œufs brouillés
juste en dessous du nom de Celle :
« ce soir
essayer d'un autre pont »