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Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !

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Six poèmes flamands

"A Ostende j'ai la hantise de l'écharpe qui s’effiloche à ton cou"
Alain Bashung
"Comme à Ostende et comme partout"
Léo Ferré
"Mais ce soir il pleut sur Knokke-Le-Zoute"
Jacques Brel

Bruges petite Bruges
en Flandre navigant
pardon petite Bruges
je t'ai préféré Gand

*

une vieille dentellière à son pas-de-porte
          marmottant en silence

un équipée wallonne qui remonte la rue
          s'arrête devant la dentelière
          la considère en silence

          à l'homme qui près des fuseaux dépose une petite pièce
elle glisse un dank u qui sonne creux et faux

dentellière théâtrale dentellière
          qui n'aimait que les Flamands

*

à Damme une heure nous passâmes
mais ce suffit à contenir
au plus profond de nos deux âmes
la peur d'y jamais revenir

*

il y avait cette fille assise sur un banc
                    à Ostende sous la pluie
cette fille aux cheveux blonds
          là à attendre
                    anecdotique et ponctuelle

elle pensait c'est exact aux siècles de civilisation
          qu'il fallut pour arriver à la laideur scrupuleusement réglée
                    d'Ostende un jour de pluie

          alors qu'elle
c'était la beauté première
          intacte beauté de la nature originelle
          beauté de jeune femme

depuis que n'ai-je fait pour oublier

                    oublier qu'Ostende sous la pluie

*

ô mer du Nord ô lit charmant
de mon remord et de mon doute
c'est à toi qu'on doit je redoute
ce wagon de fiel écumant
qui s'abîme en pays flamand
de La Panne à Knokke-Le-Zoute


*

Bruges petite Bruges
avec ses briques rouges ses clochers ombrageux
sa manie de pleuvoir sur les cœurs alanguis
          des amoureux enlacés sur le bord des canaux

Bruges le vertige de son beffroi
          qui domine la place du marché de ses trois-cent soixante-six marches
grand mât naufrageur d'une ville échouée
                    oubliée par la mer il y a bien fort longtemps

Bruges le charme très pieux du béguinage
          où se pressent les touristes américaines
          grosses sexuelles travaillant leurs chewing-gums
                    dans la nef de l'abbaye pluricentenaire
ô jubilation des bigotes à la vue des rumineuses dans la grande maison de Dieu
choc de civilisations bientôt réunies dans l'amour du très Saint Père
          et moi dans le même panier qu'elles
                    moi qui ne croit pas en Lui

Bruges l'art sublime de sa peinture
van Eyck triste sire agneau de Dieu patenté
          ton fantôme peuple encore les plus vieilles pierres de ville
Brueghel l'Ancien peut-être de passage dans les même ruelles que moi
                    il y a bien fort longtemps
          grands noms oubliés tremblez-vous au fond de vos tombeaux
          enragez-vous de ce que l'on vous nomme aujourd'hui
                    les primitifs flamands
dormez sereins pour les siècles des siècles
                    vous ne serez pas oubliez

Bruges miracle des siècles
moyenâgeuse Bruges perdue dans le futur
                    toujours froide et droite toujours debout
                              malgré les gratte-ciels et les avions à réaction

          Bruges petite Bruges
          pardonne-moi petite Bruges
                    si je t'ai préféré Gand

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