J'ai rêvé. Les draps blancs dansaient sur l'étendage. Le vent allait et venait en brusques bouffées, ardentes à vous couper le souffle ; c'était comme une tempête sous-marine, de celles qui réveillent les coraux de marbres d'une caresse trop virulente. L'herbe était grasse, les draps pendaient largement au sol. Il y avait le soleil. Dur et âpre, comme un abricot de mai. Mais bon Dieu, quel vent ! A chasser lunes et étoiles d'une nuit d'été. Les peupliers dansaient, eux aussi. De drôles de carmagnoles. Il s'effleuraient de leurs branches noueuse comme pour s'évoquer des promesses d'antan - des promesses d'arbrisseaux. Ils étaient là, trop gauches de leurs membres secs, à s'envoyer des mots doux, à se perdre en rêves inutiles. Entre eux coulait un ruisseau. De l'eau claire et scintillante, une cascade d'argent. Je ne le suivait pas, non ; je continuais à gravir la petite colline mignonne, ronde comme un sein, ronde à en perdre le Nord. Comment vous faire comprendre à quel point elle était sombre, cette herbe juteuse, sombre d'un trop clinquant soleil, sombre de la clarté de midi. Là haut, derrière ce ciel immense et impuissant, il y avait une maison. D'un pas léger je m'y ruais. J'entendais des éclats de voix, bien distincts, des voix de femme, tombant comme le battement d'un métronome. On fêtait. Quoi, je l'ignorais. C'était une maison avec un toit en chaume, effrité par la brise. Elle craquait sous le vent, la maison, de bien sinistres plaintes, celles du bois qui souffre. La porte était en hêtre, sans doute. La poignée tournait bien. Les gonds cédèrent. J'entrais.
La maison était vide. Déçu, je m'éveillais aussitôt.