Il m'en souvient encor, ces roses maladives
Que la bise envola par delà nos tombeaux,
Cruelles fleurs de sang comme autant de flambeaux
Brûlant au grand bûcher des floraisons tardives.
Lassé de leurs beautés en maintes récidives,
Le vent les déférait aux serres des corbeaux
- Puis essaimait le peu de leurs pourpres lambeaux
Aux corps nus des amants, aux caveaux des khédives.
Elles tremblent, ces fleurs, d'une inquiétante fièvre
- Et me semble perler comme un trait de genièvre,
Une larme, un regret, entachant leurs splendeurs.
Aujourd'hui n'est de ces chétives amarantes
Pour les yeux ébahis des nocturnes rôdeurs
Qu'un trop sanglant tapis de roses soupirantes.