Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
La langue allait d’accents en césures comme une armée marche sur Rome. Ou plutôt comme une descente aux flambeaux, à la lenteur chaude comme le désir ; le tempo était posé, jouant des pauses et des dictions chancelantes avec justesse et mesure. L’œil, lui-même trouble et voilé, était sans doute possible de connivence avec le sujet du discours – quelque souvenir brumeux et émouvant d’une jeunesse perdue. Mais rien ne laissait présager un quelconque cataclysme dans cette juste rhétorique, et moi j’écoutais tomber infiniment chaque syllabe dans le suspens qui la précédait.
Juste une fraction de seconde. Je vis une plaie béante déchirer ses traits dans la verticale, ses cernes choir, l’œil s’exorbiter grotesquement – l’Impuissance, comme une chape noire, frapper sa face. Je vis la mimique triste se décomposer subitement, ses tempes ruisselantes ployer sous le poids de l’effort, chaque menu trait, chaque ride souriante s’effondrer. Je vis l’Indignation, je vis la Peine, surtout je vis la Douleur m’arracher ce visage connu. Chaque centième de seconde cette face crevait un peu plus.
Puis tout repris sa place originelle. Un battement de paupière m’aurait suffit à manquer ce coup de tonnerre, cet ouragan de souffrances, cet unique sanglot noyé aussitôt sous la verve retrouvée. Le discours continuait, toujours le même ; moi je n’écoutais plus. J’avais vu un instant, sous mes yeux, toute la douleur humaine – en un sanglot orphelin.