A la claire fontaine à l’orle orné d’écume,
Mille amants de s’attendre et s’attendrir à deux,
En mille mots charmants et baisers hasardeux
Dont la langueur humide envole l’amertume !
A la fontaine où j’ai posé mon porte-plume,
J’ai vu cent béguins las d'amours trop galvaudeux
S’essouffler en regards jusqu'au départ hideux
De l'amoureux brisé, en larmes dans la brume…
Combien de colombes au bord de la fontaine
Ai-je vu se noyer d'une ardeur toute hautaine
- Et leurs pleurs aigris se mêler aux jets fusant ?
Pour aller, morne cœur, cultiver sa tristesse
Au timbre incessant du bassin d’eau complaisant,
Ne faut-il pas avoir une âme poétesse ?