Minuit cinq, un chemin s'ouvre dans la nuit sans fond. J'y plonge infiniment.
La côte est longue, longue et rude. Il y fait tiède – c'est l'automne – et l'on ne risque pas d'y croiser son ombre. Tout ceci est bien convenu. C'est le destin qui s'invente une poésie. Ce sont les neiges éternelles qui font une descente. Les secondes ont le sang méridional, la hâte du condamné à l'échafaud ; la gorge gratte, la gorge est sèche, mais on fait avec, et l'on monte encore.
Monotonie de ces pas calculés, filés par le tisserand sur le canevas du sentier – mortel d'ennui. L'écho d'une dernière lune, là, dans ma boîte crânienne, et tout se met à vibrer. Le sommet approche.
Enfin, on arrive. L'effort pèse, on s'assoit précipitamment, on maudit un peu l'ascension; mais nous voilà seul face au ciel et à la nuit ! Hébétude des retrouvailles, paroles arides de tout mot, puis l'instant nous porte au-delà des convenances – et les lèvres tendues, enfin, on effleure la voûte hier si lointaine, en un baiser froid et mortel.
Les cieux bus d'une traite, je me laisse reconduire par l'Aube. Sur le chemin croisant la hase et le perdreau, nous échangeons nos désirs d'éternité. Dans les champs, les fleurs discutent à bâtons-rompus ; le train quitte la lande et s'enfonce au cœur des choses. Au bois, le loup défi le corbeau, et des restes de brume trébuchent encore sur l'orée impénétrable.
Bientôt je retrouve la route. Le rêve tombe à plat sur l'asphalte. Je tombe moi-même assommé sur le bas-côté, les mains jointes comme en prière, et demeure ainsi jusqu'au soir où l'on me retrouve, enseveli sous un épais manteau d'hiver, la narine alerte, calme et taiseux.
Les yeux pleins d'étoiles à la renverse.