Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
Comme la marée se tasse un peu, là, entre les coques ventrues, comme les galets grouillent de leurs drôles marasmes, on les voit quitter leur mer, les marins, l’œil déjà raide d’ivresses à venir, le trait durci par les jours de tempête. Bientôt ils jettent leur veuvage au bas des quais de marbre, pour gratter quelques pitances dans les bars du port. Leur front, d’un pan sombre et large, fend les ténèbres – ils apparaissent, verts, bleus, jaunis par la vague et brunis par le soleil, terribles de leurs voix grasses, de leurs regards dénudés et vides. Ils envahissent les lieux clairs, jouant des civilités comme un gorille d’un service de porcelaine. On les voit encore jeter leurs frustres chairs sur quelques bancs aveulis, et lancer de vagues commandes à de vagues serveurs, au hasard, d’un soupir désabusé. Et puis ça mange, un marin, ça mange, ça boit, beaucoup d’ailleurs, et même que ça reboit pour faire couler, puis, d’une fierté retrouvée, ils sortent, ces galériens insoumis, fleurant la femme facile dans une ruelle de brume, baisant à en perdre l’âme, baisant à oublier leurs noms ! Et d’aller pisser contre les vitrines alentour leur houblon acide et juteux, et de se payer la gueule d’un demi-bourgeois passant, soûl de boisson et de baise lui aussi ! Oh oui, ils chantent, et ils jurent tout ensemble aux heures les plus odieuses, et même qu’on dirait un troupeau de hyènes en rut, et même que leur voix grivoises, portées par des anges, résonnent encore au-dessus de la plaine !
Mais à l’aube naissante, à l’heure des bilans, on voit leurs faces pourpres se tourner vers la mer, et les premiers rayons fendre leurs visages de rides maussades. Alors ils remontent leurs braguettes, lèvent leurs carcasses, et s’en vont disparaître au creux des dunes, rois déchus des landes mortes.