Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
Hier, à l’heure où la campagne expose ses teintes les plus vives aux pupilles des voyageurs, j’ai croisé le plus grand des poètes.
Comme toutes les aventures fabuleuses que je puisse vivre, je contractais celle-là vagabondant, des chemins égarés suzerain, par quelques forêts oniriques qui s’étendent sur la frontière entre la ville et le désert de la Nature. C’était une clairière fraîche et humide qui m’offrait à rêver ce jour-là, et, encore d’appétit à errer, je me décidais à suivre un ru serein, dont le chant m’attirait irrésistiblement… Je le suivais, quelques pieds durant, à travers bois et prés, yeux mi-clos, l’esprit à quelques mètres au-dessus du crâne. Mais me rendant vite compte de la vanité de cette course vers un aval toujours fuyant, je m’accrochais à un peu d’ombre pour une étape que je pensais fortuite avant un retour sur mes pas.
Et c’est là qu’écoutant mon souffle battre ma poitrine et mes joues à contretemps, je vis le plus grand des poètes sortir de la flore.
Le mioche, ignorant ma présence, s’avança près du ruisseau. Une dizaine d’années, les cheveux en blés que nulle moisson n’oserait dompter, et pour tout visage une poire aux joues de cinabre et au front pâle et mat. Sa course frétillante vers le ruisselet se perdait un peu dans la toile rude d’une veste trop large ; il atteignit néanmoins l’eau cristalline d’un dernier bond félin, et, d’aplomb sur une touffe d’herbe grasse et verte, commença à s’escrimer avec son pantalon qu’il laissa tomber sur ses genoux, rougis par le froid et les chutes. Puis, sa petite verge entre l’index et le pouce, il fit jaillir de ses entrailles un filet clair comme un soir sans nuage.
Avec concentration, il jouait avec sa petite fontaine naturelle, s’amusant des cercles et des remouds qu'il faisait naître sur les flots paisibles. L’urine et l’eau s’unissaient dans le soir couchant, indissociables après quelques mètres de courant. Le garçonnet éclata soudain d’un rire argentin ; sa face ronde se fendit d’une crevasse sombre, comme une tomate au soleil d’août ; son œil jetait des éclairs de bonheur et de jouissance aux cieux environnants, son corps se pliait comme celui d’un petit chat sous les frissons que la fraîcheur tombante arrachait à ses membres. Inconsciemment, je riais aussi.
Le chaton vidé remonta ses culottes d’un geste ample ; puis, petit tigre dans les herbes hautes, il disparut à nouveau dans la nature, agile et vif.
Je restais seul un moment, les yeux sur l'onde calme, à goûter encore et encore à la poésie si brute, si parfaite du moment que je venais de vivre.