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Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !

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Le charretier, le crépuscule et la nuit

Jaune à l’orange. Avis à la plèbe, la clarté cauchoise se tarit. Courent les écoliers, courent les ouvriers sous la grêle lumière qui s’irise. Le soir tombe.

Orange au rose. Le ciel n’est plus qu’un camaïeu fiévreux, la terre vidée et vierge qu’un bruissement mat et indicible. Ne demeure qu’une aquarelle de sensations. L’eau et le sable dans leurs suggestives caresses. Sablons salés et salons sablés inhumés des vagues de dunes par les vagues d’eau claire, partout. Et la mer, scintillante, semblerait de chaux, de calcaire ou d’albâtre.

Rose au pourpre. Plus de vie sur la plage. Pause temporelle offerte à l’écume irrésolue, assoupie sur le remoud calme. Rien. Puis un froufrou sur le sable, des bruits de pas, d’un glissement là-bas, sur l’horizon, où un point fixe se dresse. Et bientôt avance. Et bientôt d’apparaître clairement : un homme, un âne, une charrette.

Le vieux charretier traîne sa démarche lente devant sa bête et son chargement. Un éclat carmin vient se briser sur son crâne nu, erg aussi infertile que la poussière d’or qu’il foule délibérément. L’œil est torve, le teint exsangue, et pourtant le faciès resplendit d’un aura bienveillant, d’ôtant plus marqué que le corps est roublard et ingrat : la jambe s’arque d’un air saugrenu, le tronc de même hésite entre la chute et un maintien bien nébuleux. Dans sa main, une corde rêche l’asservit au baudet, lui-même contraint par le bois humide de la charrette. La joyeuse troupe avance ainsi, dans une hiérarchie précaire favorable à l’outil, vers d’indécis lointains.

Le vieux charretier et le crépuscule. Tous deux pleurent les labeurs d’un jour sans fin, tous deux brillent d’une beauté qui n’a de si grand que l’indifférence des Hommes qui les croisent, tous deux vont d’un pas libéré vers leur fin, l’âme en peine et le cœur à jamais à marée basse. L’un flamboie dans un dernier soupir, non de jactance mais de philanthropie, s’immolant avec grandeur dans les minutes que laissent ses derniers spasmes avant de sombrer définitivement ; l’autre se fond peu à peu dans l’air qu’il respire, dans le sable qui le porte, à n’être plus qu’un peu de cendre sur la plage si infinie. Poussière redevenant poussière.

Le demi-jour bientôt se taira, dans l’indifférence encore, d’une bien pieuse mort. Dans quelques instants, du soleil et du vieillard, il ne restera rien. Rien que les stries abandonnées par le chariot du vieux charretier, dans la lumière diffuse d’un crépuscule à l’agonie, et la mer partout.

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