Bienvenue dans mon chez-moi virtuel, un petit blog sans autre importance que celle des mots... Poésie classique, japonaise, libre ou en prose, toute ma passion pour l'écriture s'y retrouve ! Poésie, quand tu nous tiens !
J'entends, j'entends à ma tempe battre encore le souvenir d'un été, la caresse des feux divins, l'aveuglement d'un soleil à son zénith ; un quart de tour à gauche et j'offre à ses voluptés la moiteur tremblante de mes reins qu'il emplit, comme la pluie l'étang sec. Le rayon façonnant la chair, glaise à peine humide et déjà sienne, quoi de plus beau, comme image d'accomplissement ? Chaque doigt comme un torrent brûlant, je sens ses mains invisibles palper ma peau, l'animer de frissons légers, la lisser, la plisser encore, jusqu'à en polir chaque aspérité. Une paume à ma nuque, l'autre à mon dos, je sens qu'il parcours mon cheveu de son souffle. Déjà je m'envole. Je suis nu, l'œil avide d'horizons nouveaux, sur les hauteurs de Tipasa, à rire de
mes anciennes peurs et des ruches humaines. Je suis le pied sur le pont, dans la mer d'Ithaques, guettant en chaque îlot les restes d'une enfance, les restes d'un amour. Je suis amoureux, face à Elle, le front fiévreux et la langue à ses délires, et le ciel est la terre, et la terre est le ciel, et la mer est une ville qui n'a d'unité que dans le battement insensible de ses marées humaines.
Je crois à l'heure solaire, et aux cycles des lunes. Je n'ai de Dieu que les jours de tempête, d'amis que les jours sans fortune ; mais aujourd'hui je suis riche et comblé, riche de chaque seconde comme une fin en soi, comblé de soleil et de sel. Le sel. Ma langue minérale, fondant à boire la mer. Le sel m'habille de ses croûtes mortes, faisant de mes muscles des landes incultes au goût fade, que l'averse de mes lèvres viendra libérer. De mon pouce rongé, j'éclipse un instant ce soleil ennemi ; une seconde d'infini je suis le maître de toute vie, de tout miracle. Puis, écartant mes doigts, je me laisse à nouveau aller au plaisir charnel du soleil sur ma peau, que seul un nuage saurait interrompre.
Sur le sable, mirage, je vois les courbes d'une femme. Son geste est ample, sa jambe hésitante, sa poitrine gonflée d'un vent inverse. Détournant les yeux, comme aveugle de tant de beauté, je ne puis pourtant m'arracher à son souvenir, à son image indistincte et bientôt emportée par l'autan. En mal d'amour, je lui veux un nom ; elle s'appellera Sol. En songe j'invente nos noces, son corps de flammes qu'un baiser d'amour suffirait à éteindre, sa fuite, dans la nuit, pour retrouver son père et amant Soleil, et moi pleurant de la première étoile à l'aube son visage envolé. Mais tout le jour, de là-haut, je sais qu'elle veillera sur moi, et me lancera ses rayons comme d'autres clignent de l'œil.
L'air encore, chaud comme la lave, lourd comme une chape de plomb, et tout devient sujet à de nouveaux vertiges. Je suis fou. Je sens la plage vibrer sous mon pouls. Ma tête chauffe trop - et j'aime ça. Je ne suis plus qu'un corps échoué en ce monde, après mille ans de dérive, qui ayant trop pensé se veut maintenant de marbre. Je suis donc un rocher perdu dans un bain de souffre, écumant ses dernières pensées, avant de sombrer dans la Paix de l'inconscience... J'en ris seul. Dans quelques secondes, j'aurai fondu entier, heureux de n'être enfin plus qu'un fumerolle de vie que le vent emportera vers un autre univers. Mais non, le Soleil plonge, et avec lui tous mes rêves d'absolu et de transcendance, et je me retrouve seul sur la plage baignée par la nuit vainqueure,
J'aime l'ombre, les fraîcheurs d'un crépuscule, la moiteur d'une nuit à soutenir un corps à ses côtés, j'aime tout cela pour mieux aimer le Soleil à son retour, qui demain comme hier m'envolera vers Dieu sait quels mondes insensés...